Même si les manifestations de ce samedi 9 avril ont marqué le pas, si le mouvement cherche un nouveau souffle, la dynamique qui s’est enclenchée le 9 mars dernier est loin d’avoir épuisé ses forces. Et c’est bien un mouvement profond qui émerge à travers tout le pays...

manif

Des jeunes, des retraitéEs,  des précaires, des salariéEs, des lycéenEs, des étudiantEs, des chômeurEs redécouvrent au coude à coude la confiance et la parole. Une nouvelle génération se lève, non seulement dans les grèves et manifestations lycéennes et étudiantes mais aussi dans les cortèges salariés et syndicaux. Le rejet de la loi travail, point d’orgue du quinquennat Hollande, sert de catalyseur, mais c’est un mécontentement bien plus large, une révolte bien plus globale, qui s’expriment, comme en témoignent le mouvement et les débats des places « Nuit debout ». Une contestation sociale et politique radicale de tout leur système se met en route, cherche ses forces, écrit ses perspectives…

 

« On vaut mieux que ça ! »

La loi El Khomri, concentré de la politique des classes dominants et de leur État, de la destruction des droits, des acquis démocratiques arrachés par des décennies de luttes contre l’exploitation, a servi de révélateur et de catalyseur. Le scandale « Panama papers » vient à point nommé renforcer cette conviction : les États, les hommes politiques de la bourgeoisie, sont entièrement intégrés à ce système, et en profitent eux-mêmes.

Hollande prétendait hypocritement lors de sa campagne présidentielle de 2012 avoir un adversaire sans visage et sans nom, la finance. Il a maintenant des listings plus complets des privilégiés qui jouissent des faveurs que leur accorde la loi, alors que lui-même s’acharne à détruire les maigres droits des classes exploitées pour le compte des riches et des puissants.

Rupture avec le PS et les partis institutionnels

Le mouvement est bien un mouvement de contestation politique. Des milliers de jeunes s’engagent, se politisent, stimulent les plus anciens, redonnent confiance. Il ne s’agit pas seulement d’exiger le retrait de la loi travail, mais de s’insurger contre les effets de la politique des classes capitalistes qui balaye tous les acquis démocratiques pour résumer les rapports sociaux aux rapports d’exploitation et de domination, où seuls comptent les intérêts des patrons et des banques, la loi du profit, la folie de l’accumulation du capital, l’appropriation privée sans limite des richesses produites.

Le succès populaire du film Merci patron ! est devenu une des expressions de ce mouvement, avec l’humour indissociable de la contestation et de la lutte qui bouscule l’ordre établi, et dénonçant les patrons et les politiciens qui les servent, montrant leur vrai visage. Car le rejet de la loi travail, de la logique du profit, c’est aussi le rejet du PS devenu le symbole de l’hypocrisie, des mensonges et des faux-semblants, du double langage des politiciens professionnels au service du capital.

Faire de la politique, notre politique

Si l’occupation de places manifeste la recherche de neuf, d’échanges, du besoin de donner à la contestation sociale une dimension politique, la politisation se manifeste partout, sur les lieux de travail, dans nos syndicats, dans les universités et les lycées, les quartiers. Le rejet des partis qui servent les classes dominantes ne signifie pas le rejet de la politique, bien au contraire. Il appelle une autre politique qui réponde aux besoins du mouvement, à la convergence des luttes qui débouchent non seulement sur l’affrontement avec le gouvernement et le patronat mais aussi sur la nécessité de se situer dans la perspective de la transformation révolutionnaire de la société. C’est bien un mouvement d’ensemble, une grève générale, qui est à l’ordre du jour.

Nous ne voulons ni récupérer le mouvement ni être récupérés par lui : nous sommes des militants du mouvement, nous y défendons des perspectives pour la lutte indissociables d’une perspective politique globale, celle que défend et porte le NPA.

Pour que le mouvement se renforce, s’étende, il ne doit pas craindre d’assumer le sens même de ce qui a commencé, la contestation de l’ordre capitaliste, ni l’aspiration à une démocratie directe qui dépasse les clivages des appareils. Dans la jeunesse, le mouvement s’organise en assemblées générales, en coordinations, en comités de mobilisation... Les jeunes ont raison : partout, il nous faut agir dans ce sens, faire vivre la démocratie à la base, au sein du monde du travail. Rompre avec les partis institutionnels pour mettre en question la domination des « 1 % », c’est donner la parole au 99 % : prendre nos affaires en main, diriger nos luttes aujourd’hui pour diriger la société demain.

Yvan Lemaitre