Le Brexit a mis en pleine lumière la crise qui travaille l'Europe, provoquant dévaluation monétaire et affolement des dirigeants qui ne savent ni comment gérer la séparation, ni comment faire face à la montée du nationalisme provoquée par leurs politiques d'austérité.
Pays après pays, se révèle la rupture profonde des classes populaires avec les gouvernements et les institutions de l'UE au service des capitalistes. La colère se fait entendre contre le chômage, les bas salaires, l'endettement public, le recul des soins et de l'éducation, l'absence d'avenir.
Dans cette situation de décomposition sociale, de corruption, avec la participation active des partis de gauche et l'adaptation d'une partie des organisations du mouvement ouvrier, cette colère est souvent dévoyée sur le terrain pourri du nationalisme. On l'a vu en Autriche, Hongrie, Grande-Bretagne... On le vit ici avec le FN, la politique anti-migrants de Hollande et Valls, la démagogie d'un Xavier Bertrand, profitant du Brexit pour stigmatiser les migrants bloqués à Calais.


Cette colère est récupérée aussi par des partis dits "populistes" comme en Italie, où le Mouvement 5 Etoiles promet déjà des sacrifices à Rome : « il faudra forcément supprimer des emplois dans les services communaux. »
Du côté de la gauche aussi le souverainisme progresse, au nom d'un "protectionnisme intelligent", le repli derrière ses frontières, la sortie de l'UE qui ne pose pas le problème de la sortie du capitalisme... Il y a un an, en Grèce, le gouvernement Syrisa avait gagné sur ces bases la confiance des classes populaires. Il a finalement mis en œuvre l'austérité qu'il dénonçait.
En Espagne, Unidos Podemos, qui vient d'arriver troisième aux législatives, file aussi dans cette direction, Pablo Iglesias mettant en avant « patrie, loi, ordre et institutions », fier de cette « Espagne qui a expulsé les troupes de Napoléon ». La même logique que celle de Jean-Luc Mélenchon, qui explique le Brexit... en disant "Il faut que l'Allemagne cesse de dire ce qui est bon ou pas bon pour les autres peuples. Il faut que la France ait une volonté, qu'elle fasse des propositions. " Souverainistes de tous les pays...
Face à la crise, le projet des dirigeants de l'UE, c'est celui du Medef français et du BDI allemand qui viennent de publier ensemble une tribune pour demander que l'Europe "passe à l'offensive" pour "poursuivre les réformes nationales pour rendre notre économie plus forte et plus compétitive". Une "offensive" contre les droits des travailleurs dans l'UE... et qui se mènera aussi derrière les frontières réaffirmées du Royaume-Uni. C'est bien cette bataille qui est en cours ici autour de la loi El Khomri (voir page 4).
Face à ces attaques, le repli derrière les frontières n'est pas une issue, c'est un piège qui se refermera sur les travailleurs eux-mêmes, aggravant davantage encore l'exploitation dans un marché plus restreint.
En relevant la tête contre la loi “travail", les travailleurs, jeunes, chômeurs et précaires ont engagé la bataille sur un tout autre terrain, dans les entreprises, dans la rue, sur les places, pour leurs droits et leurs exigences. Ils ont approfondi la crise politique, révélant les failles d'un pouvoir minoritaire. Le mouvement a commencé à poser les questions clés : qui décide ? qui contrôle la société et l'économie ? pour quels intérêts ? Au sein de la lutte, comme dans la campagne que nous engageons avec Philippe Poutou, les anticapitalistes révolutionnaires veulent mener cette discussion, porter la perspective de la convergence des luttes pour nos droits aujourd'hui, pour un gouvernement des travailleurs demain... à l'échelle de toute l'Europe !