REFUGIESHollande et Valls ont donc organisé le démantèlement du campement de Calais : entre 6 et 8000 migrant-e-s et réfugié-e-s, dont plus de 1200 mineurs isolés ont été dispersés sur tout le territoire, par petits groupes, de 15, 30, 50, sous la menace de plusieurs milliers de policiers, gendarmes, CRS. Malgré les pressions de l’Etat et les provocations de l’extrême droite, les migrant-e-s avaient réussi avec des associations militantes, à organiser dans cet immense bidonville des solidarités pour vivre, pour défendre leurs droits. L’Etat a voulu balayer tout cela et a eu le cynisme de parler d’une « opération humanitaire » tant les conditions dans lesquelles il laissait ces milliers de personnes étaient indignes.

Ayant fui la misère et la guerre au Moyen-Orient, dans laquelle l’Etat français et les autres puissances impérialistes ont une responsabilité énorme, les réfugié-e-s sont confrontés maintenant à la guerre contre les pauvres que mène ce même Etat, fabriquant une société de plus en plus brutale pour des millions d’entre nous, par la violence du chômage et de la pauvreté, du mépris, de l’absence d’avenir pour la jeunesse. Et les « forces de l’ordre » qu’on a vu manifester pour obtenir plus de moyens pour réprimer et se protéger, contribuent à cette brutalité, obéissant aux ordres contre les manifestants, la jeunesse des quartiers populaires, les migrants.

Responsables en tant que pantins du Medef et de la finance, les politiciens sont entrainés eux-mêmes dans cette décomposition sociale, la débandade de Hollande en est une preuve de plus. La mécanique de l’alternance pour faire croire au « changement » est usée jusqu’à la corde, par la corrosion que provoque la crise du capitalisme, les contradictions qui s’étalent : la hausse des profits qui se paie au prix du chômage et des licenciements, comme chez PSA, avec plus d’un milliard de profits de 2015 et 2133 suppressions d’emplois pour cette année.

Qui peut croire encore aux justifications entendues mille fois, « faciliter les licenciements aujourd’hui pour davantage d’emplois demain » ? Alors le discours le plus brutal prend le relai. L’agression dramatique d’un policier, devient une affaire nationale pour étaler le mépris de classe, la haine des jeunes et des « classes dangereuses ». De Valls à Sarkozy en passant par Le Pen, ils pratiquent tous la même surenchère sécuritaire, en espérant capitaliser au moment des élections. Surenchère nationaliste et des discours « souverainistes » aussi, jusqu’à Mélenchon qui multiplie les petites phrases provocantes sur ce terrain pourri.

Cette décomposition politique et sociale fait le jeu du FN, qui tente de récupérer tous ceux qui vivent dans la peur du désordre, du recul social, de la ruine, du déclassement. Le Pen promet le retour de l’ordre et de la sécurité, la nièce s’occupe des intégristes cathos, Philippot du « social pour les nationaux »... Et cette spirale réactionnaire ne peut que déboucher sur des passages à l’acte, comme la tentative d’incendie d’un centre devant accueillir cinquante migrant à Arès... auxquels ont répondu heureusement plus de 2000 signataires pour un accueil digne des réfugiés.

C’est aussi qu’en face de cette montée réactionnaire, une autre corrosion fait son œuvre, celle de notre camp social, de la jeunesse, des travailleurs en colère qui se sont retrouvés encore des milliers à Amiens pour soutenir les Goodyear, qui mènent des grèves sur leurs lieux de travail, donnant une suite à la lutte « contre la loi travail et son monde », des Zadistes qui ne baissent pas les bras, des solidarités militantes avec les migrants.

C’est cette contestation, à laquelle le pouvoir ne répond que par les coups de triques, qui est porteuse d’avenir. Elle porte la perspective d’un affrontement avec l’Etat et le patronat pour gagner des droits sociaux et démocratiques, l’interdiction des licenciements, des papiers pour tous, l’expropriation de la finance, le contrôle ouvrier sur les entreprises... C’est cette politique pour la convergence des luttes que nous portons avec Philippe Poutou, et avec tous ceux qui veulent la discuter et la défendre avec nous.