Après sa provocation de petit contremaitre, « Je serai d’une détermination absolue et je ne cèderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes », Macron a mis en scène le 22 septembre sa signature des ordonnances en direct. Nouvelle provocation, défi lancé aux centaines de milliers de salariés et de jeunes qui se sont mobilisés les 12 et 21 septembre et aux millions d’autres opposés aux ordonnances et solidaires (dans un sondage pour Libération, 58% y sont opposés, 68% convaincus qu’elles favoriseront les licenciements).

La brutalité de Macron est celle qu’exigent le Medef et la finance : ils amplifient la guerre aux travailleurs et aux pauvres, augmentent l’exploitation pour engranger toujours plus de profits dans un contexte de concurrence exacerbée. Ordonnances, baisse des APL, licenciements de 150 000 emplois aidés, augmentation de la CSG de 1,7 % qui va en particulier toucher les retraités mais aussi intégration des dispositions de l’état d’urgence dans le droit commun… sans compter les multiples réformes prévues (Sécu, retraites, etc.) : patrons et gouvernement veulent taper fort et vite. Ils savent que le mouvement qui a commencé est inscrit dans la durée, que la révolte est profonde dans le monde du travail et la jeunesse, que la politique qu’ils mènent va tôt ou tard déboucher sur la convergence, l’agrégation des colères et des luttes. Raison de plus pour eux de mener la lutte de classe sans tabou et tambour battant…

Et c’est bien sur ce terrain de la lutte de classe, avec une détermination aussi grande, que le monde du travail et la jeunesse avons à construire le mouvement. Et pour cela nous avons besoin de reconstruire la confiance en nous-mêmes, dans la légitimité de nos droits et exigences, dans notre capacité à nous organiser pour les imposer.

La journée du 12 septembre a été un vrai succès malgré la proximité de la rentrée. Le 21 également dans une moindre mesure. Et la manifestation du 23 à Paris à l’appel de Mélenchon, même si elle se situait sur un terrain parlementaire et institutionnel qui n’est pas celui du mouvement, a d’une certaine façon permis à des milliers de personnes de dire leur révolte et leur soutien au mouvement.

Mais renforcer le mouvement, aider à sa construction, entraîner les travailleurs, la jeunesse, ne peut se faire que sur la base d’une compréhension claire des intérêts du monde du travail. Cela demande de rompre tant avec les illusions du « dialogue social » auquel se plient les confédérations syndicales qu’avec les illusions institutionnelles véhiculées par la FI ou d’autres… Mélenchon aspire à occuper le terrain laissé libre par l’effondrement du PS et du PCF payant leur politique passée au gouvernement. Mais s’il n’a pas de mots assez durs pour les uns et les autres, il n’a pas d’autre politique à proposer, à part remplacer la classe ouvrière par « le peuple » et la « république »… et le drapeau rouge par le « bleu-blanc-rouge » !

Faire reculer Macron et le patronat, la finance, ne peut se faire que sur un terrain de classe, par l’intervention directe du monde du travail, toutes générations confondues, dans les entreprises et dans la rue, posant la question du fonctionnement de la société, de l’économie et la nécessité de contester le pouvoir aux classes dirigeantes.