images2Correspondant, le 6 mars 2018

Lundi 5 mars, nous étions près de 300, dont de nouvelles têtes, des employés de bureau, de la maîtrise, au débrayage de 13h, au croisement des équipes de matin et d’après-midi. Dans les discussions, la colère est bien là, l’envie d’agir… mais les sirènes qui veulent nous freiner sont nombreuses, à coups de rumeurs, de bruits pour nous désarmer.

La veille, il y avait eu le petit coup médiatique dans Sud-Ouest du président de la CCI Gironde qui prétend qu’un repreneur allemand lui a téléphoné et qu’il a une solution.

Vendredi 2 mars, il y a eu toute l’agitation du ministre Le Maire, qui a reçu à Bercy une délégation syndicale et tous les politiciens locaux, Juppé, Rousset, Gleyze et cie. Ils sont tous au taquet pour se faire mousser et faire croire qu’ils vont agir pour nous. La seule chose qui fait s’agiter ces politiciens, c’est qu’on s’est mobilisé depuis des années et qu’ils s’en souviennent. Le Maire s’est fendu d’un communiqué pour exprimer « à l’attention des 910 salariés concernés un plein soutien et une implication totale ». En réalité, en tout et pour tout, il a réussi à constituer... « un groupe de travail » ! Les « comités de suivis » et autre… on connait. Ford a déjà mis cinq ans pour ne rien trouver.

Dans les rumeurs, c’est aussi Ford Europe qui faisait savoir, pendant la réunion de Bercy, que des repreneurs s’étaient manifestés et que Ford allait nommer un cabinet spécialisé pour vérifier leur solidité.

Pendant le débrayage, un collègue disait qu’il était urgent de passer une loi contre les « fake news » !

Tous ces bruits vont dans le sens de ceux qui nous ont dit depuis des années qu’il était urgent d’attendre, qu’il fallait rester calme, ne pas faire de vague, ne pas effrayer nos patrons qui travaillaient soi-disant « pour la pérennité du site » … Ne doutons pas qu’ils seront nombreux encore à nous dire qu’il faut continuer à attendre sagement.

Surtout, toutes ces bonnes âmes voudraient qu’on se préoccupe de trouver une solution industrielle, un repreneur. Mais personne n’a oublié l’épisode avec le repreneur HZ Holding entre 2009 et 2011, incapable de tenir ses promesses de production… mais qui avait su empocher quelques millions d’euros dans l’opération. Pas mal de collègues disent qu’on a déjà donné et ne veulent pas en entendre parler.

On sait aussi que la direction est engagée jusqu’au 24 mai 2018, date qui marque la fin de l’accord qui lui avait permis d’encaisser entre 45 et 50 millions d’euros d’aides publiques, sous la promesse, non tenue, de maintenir 1 000 emplois et de garantir l’avenir de l’emploi sur le site.

Aujourd’hui, ce qui est à l’ordre du jour c’est de construire la mobilisation pour imposer à Ford de rester et de payer pour le maintien de tous les emplois. C’est d’entrainer les collègues qui ne sont pas encore convaincus.

Quand le 27 février, un ponte de Ford est venu annoncer que le groupe ne fera plus aucune nouvelle production ici et qu’il se désengagera dans le courant 2019, au débrayage qui a suivi, c’est la brutalité de l’annonce qui a pesé, la liquidation pure et simple du site et des près de 900 salariés que nous sommes encore. La CGT dénonçait depuis des années la politique patronale qui consistait à laisser pourrir la situation, « mais quand c’est officiel c’est un choc » disaient plusieurs collègues.

La résistance a commencé dès la fin de cette semaine, avec tous ceux qui disaient « pas question de faire comme si rien ne s’était passé ». Après l’annonce, la plupart des productions ont chuté pour atteindre entre 30 et 40 % des volumes habituels. Dans un secteur, le double embrayage, quelques cadres ont osé faire pression pour exiger une production minimum. Tout ce qu’ils ont réussi à faire, c’est mettre les salariés visés en arrêt maladie.

Pendant le débrayage du 5 mars, on a commencé à mettre en place des actions pour toute la semaine, des diffusions de tracts dans la zone industrielle, en direction de la population, pour préparer une journée usine morte le vendredi 9 mars. Heureusement, nous avons une histoire, des pratiques, et des liens construits depuis des années avec des équipes militantes et des militants combatifs. A l’heure où on a besoin de construire la convergence des luttes contre les attaques qui visent tous les salariés, c’est précieux. En fait, tout le passé de lutte redevient d’actualité.

Ce qui nous a permis de maintenir nos emplois depuis des années, c’est notre mobilisation, les actions au salon de l’auto à plusieurs reprises, le blocage de l’usine en 2008.

Nous ne laisserons pas faire, notre mobilisation dans le passé à permis de sauver nos emplois, on continue !