5861535 sncf new 1000x625Editorial d'Anticapitalistes ! n°79

La nouvelle est tombée : Ford a décidé de quitter Blanquefort. Des centaines d’emplois, directs comme indirects, sont menacés, s’ajoutant à la longue liste de ceux des travailleurs de Carrefour, de Tupperware et bien d’autres...

Face à ces annonces, à la violence subie par les salariés, le bal des faux-cul fait fureur : membres du gouvernement Lemaire en tête, comme élus locaux tels Juppé and Co, rivalisent de déclarations et de cynisme, prétendant « soutenir » les salariés menacés… Les mêmes se préparent à supprimer 120 000 postes de fonctionnaires et mènent une offensive sans précédent contre les cheminots et le service public de transport ferroviaire.

Ils s’appuient sur un rapport bidon rédigé par Spinetta, un expert en la matière, lui qui a privatisé Air France quand il en était le PDG ! Au nom de la dette abyssale de la SNCF et de l’état de délabrement catastrophique des installations, il entend faire payer la facture… aux cheminots et aux usagers ! Il faudrait supprimer 5000 postes, en finir avec le statut de cheminot, fermer 9000 km de petites lignes « non rentables »…

E. Philippe a annoncé reprendre à son compte les « principes clés » de ce rapport (sauf la fermeture des lignes… pour le moment) et avoir recours aux ordonnances pour en terminer avant l’été. Depuis, la campagne bat son plein contre les prétendus « privilèges » des cheminots, comme s’ils étaient des nantis et qui plus est responsables de la dette de la SNCF, estimée à 46 milliards et dont les intérêts s’élèvent à 1,7 milliard par an !

Cette dette ne tombe pas du ciel, et profite à de vrais privilégiés. D’abord aux banques, puisque l’Etat fait reporter ses investissements ferroviaires sur la SNCF, obligée de s’endetter. Ensuite à des groupes comme Vinci, qui s’approprie aujourd’hui toutes les recettes de la nouvelle ligne LGV Paris-Bordeaux par des « péages » particulièrement couteux entraînant, malgré une forte augmentation du trafic, un déficit de 90 millions rien que sur le 2nd semestre 2017.

Arrogant et sûr de lui, le gouvernement multiplie les mauvais coups et les intimidations. Il s’attaque aux migrants avec le projet de loi Collomb, à la jeunesse avec la sélection à l’université, à la Fonction publique… Il mène son offensive contre les cheminots et l’ensemble des travailleurs en espérant qu’ils soient isolés, enfermés et paralysés dans le jeu du « dialogue social ». De fait, si les syndicats de la SNCF dénoncent le rapport Spinetta et la casse des services publics, cela ne les a pas empêchés de se précipiter à la « concertation » ouverte par la ministre des transports Borne, alors que tout le monde mesurait bien la brutalité de l’attaque et la détermination du gouvernement.

Malgré tout, la CGT et SUD Rail appellent les cheminots à la grève et à une manifestation nationale le 22 mars, se joignant ainsi à la journée de grève appelée par les syndicats de la Fonction publique pour la défense du statut des fonctionnaires. Cette journée ne suffira bien évidement pas à changer les choses, mais elle peut être le début d’une réelle riposte avec les cheminots, les fonctionnaires, les Ehpad en grève le 15 mars et qui menacent de poursuivre, les jeunes des lycées et des facultés contre la ségrégation sociale à l’université, les travailleurs du privé menacés de licenciement, les retraités qui seront aussi dans la rue le 15 et le 22.

C’est par la convergence de nos luttes, travailleurs, jeunes, précaires, retraités que nous pourrons inverser le cours des choses, en rompant avec tout « dialogue social »… alors que patrons et gouvernement sont plus que jamais déterminés à passer en force.