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Introduction de Monicà,

interventions de Vincent, sur la lutte à l'hôpital Charles Perrens,

et d'Océane, sur le mouvement étudiant

 Intervention de Philippe  Quelques extraits du débat

manif 03 06Jeudi dernier, le 31 mars, des centaines de milliers de lycéens et d’étudiants, de travailleurs avec ou sans emploi, ont manifesté à Paris et dans toutes les villes du pays. Ils se sont mobilisés, plus nombreux que le 9 mars, malgré le silence médiatique, voire la désinformation orchestrée par les télés et les radios. Il y était surtout question, en effet, d’ « incidents avec des casseurs » et non des violences policières inacceptables qui, en plusieurs endroits, ont tenté d’intimider les manifestants, en particulier les jeunes. Rien de cela, ni non plus la pluie et le vent, n'ont découragé toutEs celles et ceux qui voulaient crier haut et fort qu'ils/elles resteraient mobiliséEs jusqu'au retrait de la loi Travail.

Jeunesse révoltée, salariéEs en colère

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La prochaine élection présidentielle sera une caricature de démocratie dans une période marquée par le renforcement des pouvoirs de l'exécutif et le développement d'un état d'exception permanent, policier et liberticide. Mais le contexte dans lequel s’est tenue la Conférence nationale du NPA les 19 et 20 mars 2016 est également dominé par la montée de la contestation sociale et politique contre la Loi El Khomri. Cette attaque sans précédent contre les droits et les acquis des travailleuses et des travailleurs s’inscrit dans l’offensive menée par les gouvernements PS-Medef, soumis aux banques et au patronat.

Régression sociale, chômage et précarité, état d’urgence, déchéance de la nationalité, remise en cause du code du travail, casse de la SNCF, politique réactionnaire contre les migrants, grands projets inutiles et anti-écologiques, poursuite des guerres néocoloniales, négociation du Tafta, abandon des services publics, les attaques mises en place par Hollande et Valls vont bien au-delà de ce que la droite avait pu tenter jusqu’alors en terme de régression sociale et démocratique, de banalisation des politiques racistes, en particulier islamophobes, et sécuritaires. Le chômage n’a pas reculé, la pauvreté s’est développée, et les inégalités n’ont cessé d’augmenter. L’état d’urgence a servi de point d’appui pour accentuer la présence policière dans les quartiers populaires avec des milliers de perquisitions.

Dans le même temps, la répression contre des syndicalistes, contre celles et ceux ceux qui luttent, à Air France, Goodyear, à La Poste, contre les militantEs écologistes, contre les étudiantEs et lycéens, voudrait étouffer les résistances qui sont multiples à travers tout le pays.

retrait el khomriValls a donc été contraint d’annoncer le report de deux semaines de la présentation du projet de loi au Conseil des ministres, prétendant vouloir prendre du temps pour « discuter » avec les « partenaires sociaux »… espérant trouver l’oreille et le stylo de quelques-uns, au moins la CFDT… Il a donc dû en rabattre, lui qui, avec son arrogance habituelle, avait laissé entendre qu’il était prêt à utiliser une nouvelle fois le 49-3, comme pour la loi Macron.
Sauf que la révolte accumulée depuis des mois dans la jeunesse comme parmi le monde du travail est en train de trouver les voies pour s’exprimer. En quelques jours, les initiatives se sont multipliées, trouvant un écho grandissant telle la pétition qui, à l’heure où nous écrivons, approche les 900 000 signatures. Dans les organisations de jeunesse, sur les réseaux sociaux et parmi les structures syndicales de base, les appels à la mobilisation et à la grève se sont multipliés, amenant des syndicats nationaux à se joindre à l’appel à une mobilisation générale des travailleurs et de la jeunesse pour le retrait total du projet.

etaturgencePour le gouvernement, l'urgence c'est la démolition du Code du travail, toujours plus de guerre contre les peuples et toujours plus d'attaques contre celles et ceux qui refusent de se plier à cette politique et à la dictature patronale.

La conférence sur le climat à peine terminée, son urgence est d'expulser les paysans de Notre-Dame-des-Landes pour construire un aéroport aussi inutile que destructeur de l'environnement et du climat.

La guerre contre Daesh c'est à la fois des bombardements au Moyen-Orient à l'efficacité militaire douteuse, le massacre de populations civiles et la justification d'un état d'urgence en France qui sert de prétexte à une répression qui menace les droits démocratiques les plus élémentaires.

Attaques tout azimut

davos site33« C’est là qu’il faut être », s’est exclamé Valls, tout heureux d’être à Davos, avec Macron, Fabius et autres, pour s’afficher avec le gratin de la finance...

Une première, parait-îl, pour un chef de gouvernement dit « socialiste ». Mais Valls est tellement empressé... et tellement inquiet de voir son ministre de l’Économie, premier de la petite classe des arrivistes, devenir le chouchou des patrons...

Création... destructrice

Et tout ce petit monde de privilégiés, grands et petits, de discourir contre le code du travail, les 35 heures, pour encore plus de flexibilité, de révolution numérique... à la une des débats, relayée par tous les médias, la prétendue quatrième révolution industrielle, la vague technologique qui – faite de numérique, de robotique, d’internet industriel, d’automatisation, d’ordinateurs surpuissants, de biotechs… – déferlerait sur l’économie-monde.

Une étude intitulée « The future of jobs », a été publiée par le World Economic Forum à l’ouverture de Davos. Elle annonce une destruction massive d’emplois, 5 millions, d’ici 2020 dans les pays riches.
En fait, ces suppressions d’emplois, annoncées comme une fatalité économique à grands coups de publicité, n’ont rien à voir avec les contraintes de la technologie. L’économie de temps de travail que les progrès permettent, pourrait et devrait déboucher sur une diminution du temps travail qui pourrait facilement être répartie entre toutes et tous. Le problème n’est pas la substitution des robots  au travail humain, mais celle des « freelancers » aux salariéEs, l’« ubérisation » de l’économie, la suppression des droits et protections des salariéEs. Le sujet favori de Macron et Valls...

decheancepsLors de ses vœux le 31 décembre, Hollande a continué à exploiter cyniquement le filon de la « lutte contre le terrorisme » pour se poser en sauveur de la nation. Pour cela, il n'a pas hésité à aller chercher ses propositions dans le programme du Front national.

Une politique de plus en plus réactionnaire

Hollande s’est félicité des bombardements français en Syrie et en Irak. Mais ces milliers de bombes lancées sur ces deux pays ne peuvent absolument pas supprimer Daech. L’intervention française ne fait qu’ajouter de la destruction et de la mort au chaos qui a permis aux bandes armées de Daech de prospérer.

Hollande a confirmé la volonté du gouvernement d’introduire dans la constitution la déchéance de nationalité pour « les individus condamnés définitivement pour crimes terroristes. » Il joue la partition du Front national : il cherche à semer le poison de la division entre les travailleurs, par cette mesure qui crée deux catégories de citoyens français en instaurant une citoyenneté de seconde zone, celle des binationaux. Il renforce la stigmatisation des étrangers, des immigrés et des musulmans. Ne nous laissons pas faire, c'est au contraire de l'unité de l'ensemble du monde du travail dont nous avons besoin, pour faire face à ce gouvernement et au patronat.

L'état d'urgence dure maintenant depuis près de trois mois. Il n'a servi à rien pour combattre le terrorisme, mais il a permis au gouvernement d'interdire les manifestations, de renforcer le racisme et l'islamophobie, d'opérer des perquisitions et des assignations à résidence contre les militants écologistes, etc.

L'heure est à la mobilisation contre la déchéance de la nationalité, contre l'état d'urgence et contre la guerre. Des meetings et des manifestations commencent à s'organiser, nous appelons à les construire et les développer.

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Marine Le Pen a donc récolté le succès annoncé pour son parti : les fruits pourris de la politique anti-ouvrière et réactionnaire du gouvernement Hollande-Valls. Avec 30 % des voix, en tête dans 6 régions, le FN devient le premier parti de ce pays sur le plan électoral et peut plastronner avec arrogance et cynisme en jouant aux démocrates représentant le peuple. Ces étranges élections qui se sont déroulées dans un climat dominé par les suites du drame des attentats de Paris, l'état d'urgence,  l'offensive sécuritaire  et militariste du gouvernement, la guerre sur fond d'austérité et de montée du chômage, sanctionnent la gauche comme la droite.

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Propos recueillis par Philippe Poutou

Parle-nous un peu de ton film « je lutte donc je suis »

Comme mon précédent film « Ne vivons plus comme des esclaves », ce n’est pas un reportage journalistique, il s’agit de raconter le mouvement social nous-mêmes, en tentant de le faire le plus authentiquement possible en faisant témoigner des militants, des personnages plus ou moins connus. Il est question de nos luttes en Grèce et dans l’Etat Espagnol.

L’objectif est de faire converger trois courants majeurs de la lutte : la gauche politique, les milieux révolutionnaires et les écologistes. Il y a des personnages connus partie prenante des résistances comme Eric Toussaint qui est porte-parole du Comité Annulation de la Dette du Tiers monde (CADTM), Gabriel Colletis économiste franco-grec anti-libéral, Juan Gordillo maire de Marinaleda, Diego Canamero porte-parole du Syndicat des Travailleurs Andalous (SAT), des militants de courants révolutionnaires comme les anarchistes et marxistes autogestionnaires, des militants de la Cgt et de la Cnt espagnoles, des militants écologistes radicaux comme des zadistes en Grèce. Notamment des militants contre les chantiers d’éoliennes industrielles géantes de EDF en Crète. Un chantier imposé à la population, contre son avis, qui ne correspond pas à ses besoins : des villageois sont expulsés de leurs terres et de leurs maisons, l’écosystème est détruit car l’eau est détournée pour faire les barrages. Les conséquences sociales, économiques et écologiques sont dramatiques, avec la disparition des abeilles, des châtaigniers à cause des sources taries, les élevages sans pâturages, il n’y a plus d’apiculteurs, les villages ne fonctionnent plus, ni miel, ni lait de chèvre, sans oublier les habitants expulsés… C’est toutes ces résistances, ces gens qui luttent dont je veux raconter l’histoire.

Comment le film s’est fait, que se passe-t-il autour ?

Ce film existe grâce au mouvement social, grâce à la solidarité et à la participation bénévole de beaucoup de gens. J’ai essayé de faire parler autant de gens un peu connu que des gens inconnus. De nombreux musiciens français, grecs et espagnols ont fait des chansons pour le film, dont Angélique Ionatos et Manu Chao. La famille de Leo Ferré nous a confié deux chansons, ainsi que celle de Pavlos Fyssas alias killah P, rappeur grec assassiné le 18 septembre 2013 par les néo-nazis d’Aube Doré.

C’est aussi un film solidaire : chaque diffusion du film est l’occasion de vendre des DVD, livres et affiches. Le but est de récolter de l’argent pour financer de nombreuses initiatives, par exemple un dispensaire médical et un centre social autogéré à Athènes, l’équipement d’une occupation par les migrants (Notara 26), une HLM autogérée qui accueille des centaines de migrants, des cuisines sociales participatives, le forum des migrants de Crète, et payer des cautions pour faire libérer nos camarades en attente de jugement pour des actions de désobéissance. Il y a aussi une solidarité en direction de l'Espagne, comme le financement d’un convoi alimentaire pour les 150 familles de Sanlucar qui occupent 16 immeubles appartenant à des banques.

Comment le public accueille-t-il ton film ?

Les salles sont pleines presque partout. L’ambiance est marquée par l’émotion car c’est un film passionné. On a besoin de la sensibilité pour comprendre le monde et de la passion pour agir, il n’y a pas que la raison. Le film essaie de transmettre la passion de lutter, de ne pas baisser les bras. La lutte est un grand moment de fraternité, mais ce n’est pas non plus de la guimauve. On sait qu’il faut un rapport de force, qu’il faut résister et créer à la fois. Pour moi, lutter c’est être amoureux. Amoureux de l’utopie. Amoureux de ceux qui luttent avec nous. On essaie de réinventer le monde ensemble. C’est pourquoi je me méfie de l’ostracisme envers ceux qui n’ont pas la même étiquette politique à la condition qu’ils luttent pour l’humain, la vie, la Terre. La radicalité se voit dans les actes et pas dans les étiquettes. Qu’on ait des façons d’agir différentes, c’est très bien, évitons de tomber dans le dogmatisme et le sectarisme qui nous minent.

L’émotion après le film vient aussi des chansons qui touchent les gens. La plupart des chansons sont des créations pour le film. Il n’y a pas de révolution sans chanson.

Quelle est la situation en Grèce aujourd’hui, beaucoup moins médiatisée depuis la fin de l’été ?

On vient d’avoir plusieurs grèves générales le 12 novembre et le 3 décembre. Il y a eu les émeutes du 17 novembre pour l’anniversaire de l’insurrection contre la dictature des Colonels puis le 6 décembre pour l’anniversaire des émeutes de 2008. Ces dernières semaines, la situation est marquée par de nombreuses manifestations, occupations et blocages, par des émeutes, des ouvertures gratuites d’autoroutes par les ouvriers en lutte, et des collectifs de salariés poussent les syndicats à aller plus loin, à employer des procédés plus efficaces.

Il y a beaucoup d’assemblées dans les villages, dans les quartiers, les gens se politisent, se questionnent sur ce qui s’est passé, sur pourquoi après des luttes magnifiques on est arrivé dans une impasse. Le premier sujet, c’est comprendre ce qui s’est passé.

Le virage du 13 juillet de Tsipras a fait beaucoup de mal au moral de certaines personnes, beaucoup d’autres ne sont pas complètement surprises et sont déjà passées à l’action, à la riposte.

Il est incroyable aujourd’hui que certains espèrent encore en Tsipras. Depuis le 13 juillet, Tsipras a fait exactement et totalement le contraire de ce à quoi il s’était engagé lors de son élection du 25 janvier 2015 et suite à la victoire du référendum contre l’austérité du 5 juillet.

Tsipras a capitulé en signant la mise sous tutelle de la Grèce et la mise en esclavage de son peuple et le pillage de ses richesses. Ce qu’a fait Tsipras, c’est beaucoup plus grave que ce qu’avait fait Mitterrand lors du virage de la rigueur en 1983. Même sur le plan militaire et géostratégique, alors que Syriza avait une ligne pro-palestinienne, Tsipras a signé le 20 juillet un accord militaire avec Israël (Sofa) qui permet d’utiliser toutes les bases militaires du partenaire et réciproquement. A cela s’ajoute la criminalisation du mouvement social qui recommence comme sous la droite avec des sanctions de plus en plus lourdes. Le parlement est redevenu un bunker avec son manège de véhicules blindés. La TVA sur les produits de premières nécessités a encore augmenté. Les retraites sont encore diminuées, enfin le code du travail et d’autres acquis sociaux sont encore malmenés.

La liste est longue et impressionnante, c’est pourquoi les mensonges sur Tsipras sont de l’ordre de la manipulation, ceux qui parmi la gauche en France continuent de soutenir Tsipras soutiennent en réalité un gouvernement de collaboration et de droite dure.

Quelles perspectives aujourd’hui du côté de la résistance de la population ?

Ce qui s’est passé il y a cinq ans sur la rive sud de la méditerranée comme en Tunisie peut tout à fait se reproduire sur la rive nord dans les temps qui viennent. Après 7 ans de lutte, d’expériences, de créations d’alternatives, d’autogestion, d’expériences démocratiques nouvelles et directes, le mouvement social et révolutionnaire reste encore en capacité de proposer une alternative d’envergure. Il n’y a pas d’élections à venir pour les 4 ans qui viennent. L’aile droite de Syriza a exclu sa plateforme de gauche qui a créé un nouveau parti « Unité populaire ». Avec les militants d’autres forces de gauche radicales comme Antarsya et des mouvements antiautoritaires et libertaires, la lutte continue sous toutes les formes. Tout est loin d’être terminé en Grèce. Tenez bon, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !