antik286 la uneCe dimanche 19 avril, 700 personnes ont péri en essayant de traverser la Méditerranée. La semaine précédente, le 12 avril, ils étaient 400. Depuis, des centaines d'autres continuent chaque jour à être en danger de mort...

Selon un rapport du Haut Comité des Réfugiés (HCR), plus de 207 000 migrants, dont une part importante de mineurs seuls, ont tenté la traversée de la Méditerranée en 2014. 3419 d'entre eux y ont perdu la vie, 5 fois plus qu'en 2013..

Cette hécatombe n’est en rien une fatalité.

La politique criminelle de l’Union européenne

L'explosion du nombre de candidats à la traversée résulte de la misère et de la guerre dans les régions de départ, au Moyen-Orient, en Afrique sub-saharienne de l'Est ou en Afghanistan.

Mais l'hécatombe s'explique aussi par l'infamie de la politique européenne. Après le naufrage de Lampedusa, qui avait fait 366 victimes en octobre 2013, un programme de sauvetage, "Mare nostrum", avait été mis en place par l'Italie. Il a été remplacé un an plus tard par l'opération "Triton", placée sous l'égide de l'agence européenne Frontex, avec pour mission première non de "sauver", mais de "surveiller". Autrement dit empêcher les bateaux d'accoster, les contraindre à rester en mer, démultipliant ainsi la probabilité de naufrage des rafiots surchargés qui tentent le passage.

Les Etats européens prétendent agir ainsi pour réduire les naufrages et sauver des vies. Mais en verrouillant l’accès à leur territoire par la politique des visas, les interventions de l’agence Frontex ou du système de surveillance Eurosur, c'est l'inverse qui se produit.

C'est pourtant un nouveau renforcement des mesures de surveillance que vient de décider le sommet européen réuni en urgence suite aux derniers naufrages. Hollande et ses comparses, qui ont le cynisme de présenter cette politique comme "dissuasive", qualifiant les passeurs de "terroristes", persistent et signent dans leur politique criminelle, alors qu'il est patent que la seule façon de mettre fin à cette catastrophe serait de donner l'absolue priorité à la protection, à la sécurité, à la santé des migrantEs, ce qui suppose assurer le droit d'asile à celles et ceux qui fuient les guerres, la misère, la répression, les catastrophes climatiques.

Liberté de circulation pour toutes et tous

Cette politique criminelle de l'Union Européenne participe en même temps de ce qu'ils appellent cyniquement "immigration choisie". "Choisie"... en fonction des intérêts du patronat pour lui fournir un prolétariat au rabais. Car qu'ils soient "demandeurs d'asile" ou pas, celles et ceux qui échappent à la mort en Méditerranée, qui parviennent à passer le barrage des frontières de "l'Europe forteresse", se retrouvent à la merci des pires exploiteurs, sans droits, sans protection sociale, contraintEs de se cacher de la chasse aux "sans papiers", soumisES par dessus le marché au climat raciste et xénophobe qu'entretiennent non seulement les démagogues de droite et d'extrême droite, mais le pouvoir "socialiste" lui-même.

Lorsque les gouvernants européens prétendent lutter contre l'immigration parce que l'Europe "ne peut pas accueillir toute la misère du monde", pour soi-disant protéger les travailleurs européens du chômage et les migrantEs des passeurs, ils mentent : leur politique migratoire meurtrière est indissociablement liée à la logique capitaliste qui met les peuples et les travailleurs en concurrence les uns contre les autres pour accroitre les profits. Et ils savent bien que face au désespoir, rien ne peut être "dissuasif". Que rien ne pourra empêcher des dizaines de milliers d’êtres humains de fuir les souffrances de la misère et de la guerre dont les grandes puissances sont les premières responsables. Que les migrantEs n'auraient pas à recourir aux services des passeurs au péril de leur vie s’ils pouvaient voyager de façon régulière, si les visas ne leur étaient pas refusés, s'ils pouvaient circuler librement...

Il y a urgence, pour les peuples et les travailleurs d'Europe, à imposer la liberté de circulation et d'installation, l'égalité des droits pour toutes et tous dans les différents pays de l'UE. C'est une condition indispensable pour mettre fin à la sinistre série de naufrages, sauver des milliers de vies humaines, une bataille centrale du combat pour l'unité des travailleurs, par dessus les frontières. Le vieux slogan du mouvement ouvrier, "les travailleurs n'ont pas de patrie", est plus que jamais d'actualité.