retrait el khomriValls a donc été contraint d’annoncer le report de deux semaines de la présentation du projet de loi au Conseil des ministres, prétendant vouloir prendre du temps pour « discuter » avec les « partenaires sociaux »… espérant trouver l’oreille et le stylo de quelques-uns, au moins la CFDT… Il a donc dû en rabattre, lui qui, avec son arrogance habituelle, avait laissé entendre qu’il était prêt à utiliser une nouvelle fois le 49-3, comme pour la loi Macron.
Sauf que la révolte accumulée depuis des mois dans la jeunesse comme parmi le monde du travail est en train de trouver les voies pour s’exprimer. En quelques jours, les initiatives se sont multipliées, trouvant un écho grandissant telle la pétition qui, à l’heure où nous écrivons, approche les 900 000 signatures. Dans les organisations de jeunesse, sur les réseaux sociaux et parmi les structures syndicales de base, les appels à la mobilisation et à la grève se sont multipliés, amenant des syndicats nationaux à se joindre à l’appel à une mobilisation générale des travailleurs et de la jeunesse pour le retrait total du projet.


Cette révolte rejoint celle des opposants au projet de Notre Dame des Landes, celle que suscitent les mesures liberticides avec la prolongation de l’état d’urgence, la violence contre les migrants à Calais, mais aussi d’une certaine manière la détresse des paysans… Avec le report de la présentation du projet de loi, Valls voudrait désamorcer la bombe qu’ils ont allumée. Il espère que sa manœuvre pourra éviter à temps la coagulation des colères et lui permettre de trouver quelques alliés…
Sauf que l’appel à la mobilisation pour le 9, loin de faiblir, s’est au contraire amplifié. Non seulement les organisations de jeunesse l’ont maintenu mais nombre de syndicats de Solidaires appellent à la grève mais aussi de la CGT. Personne n’est dupe, report ne veut pas dire retrait et Hollande et le gouvernement ont été clairs : ils entendent mener leur politique « jusqu’au bout », achever la démolition déjà bien avancée des dernières défenses légales des salariés face à l’avidité sans limite de la bourgeoisie. Achever la transformation du Code du travail en garant, comme ils le disent, de « l’égalité entre le bon fonctionnement de l’entreprise et les libertés fondamentales des salariés ». Autrement dit « égalité » entre patrons libres de surexploiter sans limite et salariés « libres »... de se chercher du travail lorsqu’ils se retrouvent à la rue.
Cette offensive antisociale est accompagnée de l’offensive antidémocratique et xénophobe : prolongement de l’état d’urgence, vote de la déchéance de nationalité, chasse aux migrants, projet d’inscription dans la constitution de nouvelles lois liberticides, carte blanche données aux flics pour intervenir comme ils l’entendent… sous couvert de « menace terroriste » !
Alors oui, ce cynisme, ce mépris, le culot avec lequel ils mentent sont devenus insupportables à beaucoup ! Depuis des années, plus particulièrement depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, la révolte sociale ne s’est exprimée que de façon atomisée, les luttes restant pour la plupart isolées par secteurs, voire par entreprises. Les organisations syndicales, embourbées dans le « dialogue social » et les prétendues négociations offrant bien peu de perspectives. Mais un degré vient d’être franchi. La révolte contre le projet de loi El Khomri est en train de se construire, de s’organiser à la base, par des canaux multiples. Une nouvelle génération est en train de faire l’expérience de l’action collective qui peut transformer l’opinion, entraîner, faire pression… c’est-à-dire faire de la politique. La confiance que cela entraîne est contagieuse : dans les services, les ateliers, dans les sections syndicales, l’appel des organisations de jeunesse à la journée du 9 mars a fait réagir, convaincant de s’y joindre.
Chacun de nous a sa part dans la préparation du mouvement en train de s’écrire !

Editorial d'Anticapitalistes ! n°62 du 4 mars 2016