IMG 0820Le ministère vient de transmettre pour avis le projet de circulaire concernant les enseignements adaptés, en particulier les SEGPA des collèges. Ces structures ont pour vocation d’accueillir des élèves en grande difficulté scolaire à l'issue des classes de primaire. La disparition des SEGPA était jusqu'à présent une arlésienne. Avec ce projet de circulaire, cela commence à devenir une réalité.

Pour le ministère, il importe d'intégrer les SEGPA dans la réforme des collèges et la création d'un cycle CM1-CM2-6°.

La principale annonce de ce projet tient dans la disparition de la 6° SEGPA. Dès la rentrée 2016, les SEGPA commenceront à accueillir les élèves à partir de la 5° mais des élèves seront préorientés dès la fin du CM2. C'est flou mais cela ne nous étonne plus.

Quid des élèves en difficulté à l'entrée en 6° ?

Ces élèves, souvent fragilisés par un parcours scolaire marqué par l'échec, seront dans des classes de référence, pourront profiter des super projets innovants prévus par la réforme, seront peut-être sortis de leur classe pour participer à des groupes de soutien ou/et profiteront de la présence en co-intervention des enseignants spécialisés. Au premier abord, il serait  tentant de dire « pourquoi pas ? » car pourquoi mettre ces élèves « à part » dès la 6°. Mais il suffit de demander aux professionnels travaillant avec ces structures, aux parents ou aux élèves eux-mêmes pour comprendre pourquoi cette année de 6° est si importante et correspond à un nouveau départ dans une voie de réussite . En effet, le passage en 6° SEGPA permet à des jeunes connaissant des difficultés scolaires et souvent sociales de reprendre un minimum confiance en eux, de trouver une place dans un groupe à petits effectifs et l'écoute d'enseignants formés pour mener des pratiques de classes adaptées à leurs difficultés. C'est une première étape nécessaire dans un processus de 4 ans qui permettra à la grande majorité de sortir du collège avec une orientation en lycée professionnel et une confiance retrouvée dans la nécessité de se former

Que va changer ce projet pour la scolarité de ces élèves ?

La réponse est RIEN. Cela ne va rien changer alors que ces élèves ont besoin de changement. Les conditions qui ont amené leurs échecs resteront le cadre dans lequel ils devront évoluer. Les élèves préorientés en SEGPA se retrouveront de nouveau confrontés à leurs difficultés, incapables de trouver une place d'apprenant dans des classes aux effectifs pléthoriques avec des enseignants peu formés à la difficulté scolaire.

Le choix du ministère révèle le mépris et l'irresponsabilité vis à vis de ces élèves. Plus que jamais, la logique d'économie prévaut sur la logique de réussite de TOUS. Les acteurs de l'enseignement adapté et spécialisé entendent depuis de nombreuses années que les structures existantes sont trop onéreuses et cette suppression du niveau de la 6° doit être vu comme le moyen d'économiser des heures de cours. C'est la même logique qui a amené la disparition des RASED.

Mener une lutte ambitieuse pour tous et avec tous !

Face au rejet du texte par l'ensemble des organisations syndicales, le ministère a été obligé de retirer son texte. Il est fort probable que le prochain texte s'appuiera de nouveau sur la politique du tout inclusif, la réforme du collège et le nouveau cycle. Nous ne pouvons savoir quelles seront les réactions des organisations syndicales mais nous devons commencer à discuter des moyens de résistance que nous pourrions utiliser pour réagir à la hauteur de l'attaque. Cette discussion ne doit pas se cantonner aux seuls enseignants spécialisés. L'ensemble des enseignants doit se sentir concerné car nous parlons de la disparition d'une voie qui créera les conditions de l'augmentation de l'échec dans la voie ordinaire.