coursdemoraleOn se rappelle qu’après les attentats du mois de janvier, Najat Vallaud-Belkacem avait promis une « grande mobilisation de l’École pour faire vivre les valeurs de la République […] pour que vive, à l’École, l’esprit du 11 janvier » (conférence du 22 janvier), qui s’est traduite par la mise en œuvre de la morale à l’école dès cette rentrée.

Ouf, la ministre aurait trouvé la solution pour empêcher les répercussions des guerres que la France et les autres pays riches mènent au Moyen-Orient depuis des décennies, ou encore tenter de faire oublier la relégation d’une grande partie de la jeunesse dans les zones ghettoisées…

Concrètement, ça n’a pas trainé : « enseignement moral et civique » (ça fait moins raide que « leçons de morale ») à tous les étages, de la primaire jusqu’au lycée, et dans les examens. Pour les moyens, on verra plus tard, débrouillez-vous avec les DGH existantes…

Une cole rurale en Algrie vers 1860La morale à l’école est une vieille histoire. Au début de la 3ème République, dans les années 1880, les dirigeants de l’époque avaient engagé la laïcisation de l’éducation et le remplacement des valeurs de l’Eglise par un nouveau catéchisme : la morale républicaine. Un drôle de cocktail composé de références à l’Antiquité et aux textes religieux, avec une petite dose de positivisme et de croyance dans le progrès capitaliste, sans oublier le sens du devoir et du dévouement à la patrie (préparation de la guerre de 14 oblige)… L’objectif était clair pour les républicains comme Ferry : il fallait que chaque citoyen défende la république et ne se laisse plus entrainer d’un côté vers la réaction monarchiste et surtout, de l’autre côté, par les mouvements de révolte comme la Commune de Paris.

Finalement, les buts de l’EMC n’ont guère évolué par rapport à la bonne vieille morale de Jules Ferry : empêcher l’explosion de colère de la jeunesse. Bien sûr, aujourd’hui, le contenu se veut moderne, ouvert, pédagogique, avec comme objectif affiché la liberté de conscience de l’individu et de sa raison critique, dans le respect de tous, avec pour méthode le dialogue, le débat, etc.

Notre morale est sans doute terre à terre, mais elle est claire : tant que les classes seront trop chargées, tant que nous seront trop usés par les pressions de la vie quotidienne (salaires trop bas, conditions de travail dégradées), l’école restera une machine qui produit de l’exclusion et qui laissera la légitime colère des jeunes écœurés par l’hypocrisie de cette société, se faire dévoyer par les plus réactionnaires : intégristes de toutes obédiences, extrêmes-droites, et autres complotistes du net.

Nous ne sommes dupes ni des intentions, ni des discours pédagogiques bien construits. Car les moyens pour l’école ne sont pas là et les prétentions de la ministre et des cadres du M.E.N apparaissent pour ce qu’ils sont : une belle opération d’enfumage. Cette leçon est-elle au programme ?

François