Après les tueries des 7, 8 et 9 janvier 2015, et l’orchestration par l’Etat de la journée de deuil national imposant partout la minute de silence, le gouvernement a frappé fort en sanctionnant durement des collègues et des jeunes qui osaient simplement… discuter ou contester, et il voudrait poursuivre dans cette tentative de mise au pas. « Tous Charlie »… devient «Tous au garde-à-vous » !

Ainsi, à l’occasion d’une réunion de préfets et de recteurs, à Paris le 9 février, le premier ministre Manuel Valls et la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem ont lancé « les assises de l’école pour les valeurs de la République ». Toute la hiérarchie est maintenant sur le pied de guerre pour repérer et « traiter les comportements mettant en cause les valeurs de la République ». Le tout s’inscrivant bien sûr dans le cadre d’un enseignement moral et civique, que l’ensemble des enseignants ont désormais mission de propager.

Notre combat pour une autre école, démocratique, émancipatrice, est forcément un combat contre ce catéchisme républicain, indissociable des luttes contre le néo-management, la casse des statuts, l’école du socle, le saccage de l’éducation prioritaire, et plus globalement les politiques austéritaires qui réduisent toujours plus les moyens de l’école.

Pas question pour nous de faire de leur « morale civique » la bonne morale, celle de l’acceptation de ce système. Notre boulot, c’est d’ouvrir les consciences, encourager les discussions, développer l’esprit critique. Et cela passe bien sûr par la dénonciation du terreau dont se nourrit le fanatisme, l’obscurantisme : la casse sociale qui conduit au chômage et à la misère, laisse la jeunesse des classes populaires dans la désespérance. Car ce n’est pas le soi-disant manque d’autorité à l’école ou la perte de repères moraux qui sont responsables du rejet de la république par une partie de la jeunesse scolarisée, mais bien les suppressions massives de postes d’enseignants, surveillants, médecins scolaires, assistants sociaux… aggravant l’échec scolaire, et la relégation de toute une frange de la jeunesse dans des zones ghettoïsées, laissée sans espoir ni perspectives.

L’école émancipatrice que nous voulons n’a rien à voir avec celle du tri social que le patronat et les gouvernements qui le servent (de droite comme de gauche) veulent nous imposer. Cette école qui encourage la concurrence entre élèves et cultive l’esprit d’entreprise sert au final à la reproduction du système capitaliste, en tentant de faire accepter la mise en concurrence des travailleurs. L’émancipation dans et par l’école ne peut être indépendante de la lutte pour émanciper toute la société, de la lutte anticapitaliste pour la transformation révolutionnaire d’une société débarrassée de la loi du profit.

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