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« Face à la perspective de dizaines de milliers de suppressions d’emplois chez leurs fournisseurs, les industriels de l’aérospatial appellent à un plan de soutien de plusieurs milliards d’euros. Plusieurs dizaines de PME sont au bord du gouffre », écrivait le journal économique Challenges le 6 mai.

Selon lui, « le bain de sang » dans le secteur aéronautique aurait commencé avec les annonces massives de licenciements partout dans le monde : 13 000, 25 % des effectifs, chez le constructeur US Général Electric ; 8000 chez Rolls Royce, 15 % des effectifs ; 16 000 chez Boeing, 10 % des effectifs… Airbus a réduit sa production de 30 %, et la baisse pourrait aller jusqu’à 50 %, menaçant quelques 50 000 emplois directs et indirects, dans la seule région d’Occitanie…

A cela s’ajoute, selon Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation et président du Gifas, (groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales chapeauté par Airbus, Safran, Thalès et Dassault), le fait que plusieurs dizaines de leurs fournisseurs seraient en grande difficulté, avec 200 000 salariés en chômage partiel. Ces entreprises sont des rouages essentiels des « chaînes de valeur » dont les quatre larrons ont le contrôle et dont ils tirent leurs profits. La faillite d’une d’entre elles entraînerait une rupture des approvisionnements, paralysant l’ensemble de la production.

Du coup, ils ont constitué un « comité commun », une « task force », pour « surveiller la santé de leurs sous-traitants comme le lait sur le feu » et se préparer à intervenir. Comme le dit E. Trappier, « Il va probablement y avoir une baisse des effectifs de la filière. Mais ce doit être une décroissance contrôlée : il faut garder l’outil vivant pour pouvoir remonter en puissance quand le marché repartira ».

Pour « garder l’outil vivant », Safran va jusqu’à envisager de racheter certains de ses « petits fournisseurs qui ont des savoir-faire, technologies ou expertises critiques »… Mais c’est avant tout sur l’Etat que le Gifas compte pour financer l’affaire. « Le besoin n’a pas été complètement identifié, mais l’unité de mesure, c’est plutôt le milliard. Maintenant, est-ce que c’est un, deux ou trois milliards, je ne sais pas », raconte E. Trappier. Pour le patron de Safran, il s’agirait plutôt de dix milliards, « de quoi aider le secteur à passer un trou d’air d’une durée estimée de trois à cinq ans ».

Quant à la façon dont les milliers de travailleurs jetés à la rue au cours de cette « décroissance contrôlée » – si contrôle il y a – passeront le « trou d’air », cela ne concerne ni le Gifas, ni le journaliste de Challenges. Pour ce petit monde, le travail, c’est bien connu, n’est qu’une variable d’ajustement.

Daniel Minvielle

Quand Rousset vient en aide aux PME

Le président de la région Nouvelle Aquitaine est un spécialiste du soutien aux PME, dont il ne cesse de vanter, statistiques à l’appui, la place prépondérante qu’elles occupent en tant que « fournisseurs d’emplois ». Mais l’appel à financement lancé par le Gifas à l’Etat pour le sauvetage de la filière aéronautique vient donner un nouvel éclairage à cette « politique économique ».

C’est qu’en effet toute une série de ces entreprises qu’il « aide » avec l’argent public sont des maillons de ces « chaînes de valeur » que les multinationales Airbus, Safran, Thalès et Dassault tentent de sauver aujourd’hui, en sollicitant les milliards de l’Etat pour se sauver elles-mêmes. Bien que Rousset se défende d’aider ces grandes multinationales, fleurons de l’industrie régionale, c’est pourtant ce qu’il fait en aidant leurs sous-traitants à fonctionner malgré les pressions exercées par leurs donneurs d’ordres pour obtenir les prix les plus bas…

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