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La reprise de lundi 2 novembre a suscité du mécontentement partout, voire de la colère surtout en région parisienne, dans des établissements de banlieue. Des profs ont refusé de reprendre comme si de rien n’était, suivis parfois par des élèves.

Pour discuter d’un protocole sanitaire digne de ce nom et d’un hommage à Samuel Paty pris en main par les enseignants eux-mêmes, dans de nombreux établissements, des profs se sont organisés par visio, ont écrit des courriers, des motions, se sont réunis dès 8h, ont imposé des AG, ont débrayé quand la direction s’y est opposée voire, comme au lycée Élie Faure à Lormont, ont imposé que le mardi après-midi soit banalisé pour discuter. Quelques-uns ont voté la grève pour le lendemain.

En effet, la situation sanitaire à l’heure de la 2ème vague de l’épidémie montre à quel point le secteur de l’éducation comme celui de la santé, est méprisé voire maltraité par les autorités. Plus de 6 mois après le 1er confinement, aucun problème n’a été résolu. Pire, la casse s’est poursuivie : pas de recrutement massif après au moins 1800 suppressions de postes en 2019, effectifs en hausse dans les classes, locaux toujours aussi inadaptés voire exigus, aucun moyen pour rattraper les retards accumulés du 1er confinement. Tous ont pu voir que le travail à distance était un leurre, une bonne affaire commerciale pour les cours en ligne et surtout, une aggravation des inégalités.

Lors de ce 2ème confinement, avec presque les mêmes protocoles que pour le 1er, hormis le masque imposé aux enfants à partir de 6 ans (particulièrement contraignant et une dépense de plus pour les parents), le même entassement dans les classes, les cantines, les transports, il s’agit encore mais en plus grand qu’en mars d’une « garderie du MEDEF » !

Dans ce contexte, de plus en plus de profs refusent d’être les bons petits soldats du reconfinement avec juste le droit de travailler et de se taire. L’une des principales revendications est de recruter pour dédoubler les classes afin d’avoir moins d’élèves présents (sans distanciel), par roulements, avec des réquisitions de bâtiments publics si nécessaire.

Ensuite, l’hommage à notre collègue Samuel Paty tragiquement assassiné nous est apparu comme un moment d'instrumentalisation voire de violence contre nous. En effet, le Ministre a fait savoir par la presse 3 jours avant la rentrée, alors que tout était organisé dans les écoles avec les collectivités, que le temps de discussion de 8h à 10h lundi était supprimé.

Que chacun se débrouille dans sa classe avec la lecture de la lettre de Jaurès et la minute de silence ! Après avoir prévu des rassemblements de centaines de personnes dans la cour en pleine circulation du virus, il a imposé à chaque prof de gérer seul une situation pour laquelle il n’était pas préparé, en lisant un texte d’une autre époque, ne s’adressant pas aux élèves, de plus tronqué d’un passage critiquant l’institution !

Ce texte évoquant « la patrie » prenait en plus une résonance malsaine au moment où nombre de démagogues, au pouvoir ou non, répondent à l’horreur du terrorisme par l’« union nationale », une surenchère guerrière, des discours encourageant le racisme et les fanatismes de tous bords. Pire encore, les équipes étaient invitées à « remonter » tout « problème » rencontré à cette occasion à la cellule « Valeurs de la République » du Rectorat !

Nous n’avons pas voulu être les petits soldats de ces mécanismes funestes. Nous avons montré que nous tenions à notre liberté pédagogique pour décider comment rendre hommage à notre collègue, en toute indépendance des calculs politiques du pouvoir, et discuter avec les élèves de cette situation, des dangers de ces engrenages, en visant leur émancipation.

Ce sentiment est partagé y compris dans les très nombreux établissements où il n’y avait pas le rapport de force pour des actions collectives. Il rejoint la colère d’autres secteurs, participe d’une remise en cause globale du système qui pourrait faire écho chez les jeunes. On est loin de la duperie du « Grenelle de l’Éducation » entre syndicats et gouvernement, dont tout le monde se fiche !

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