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Dans notre présentation de la réunion débat, nous écrivions : « Brexit, montée des nationalismes, extrême droite aux portes du pouvoir dans certains pays, reprise économique illusoire, menace d’effondrements bancaires, dettes publiques exorbitantes, incapacité à faire face aux flux migratoires dont elle est une des premières responsables... l’Union européenne traverse une crise profonde. »

Un des éléments de cette crise est le fait que les différentes puissantes qui composent l’Union européenne semblent prises entre des forces contradictoires, les unes qui les poussent à s’unir, les autres à se séparer... On le voit bien dans le processus du Brexit, avec les difficultés auxquelles se heurte le gouvernement britannique, pris entre l’intérêt qu’il y aurait pour lui à rester dans l’UE, et la nécessité politique d’en sortir comme en a décidé le référendum… Sans parler de l’inquiétude de toute une partie de la population, y compris parmi elle qui a voté pour le Brexit, devant la perspective de voir se reconstituer les frontières avec l’UE alors que les illusions sur les perspectives de « gains » liés à la « sortie » se dissipent de plus en plus…

Cette idée d’une Europe unie qui a tant de mal à se constituer, d’ « Etats Unis d’Europe », ne date pas d’hier… Victor Hugo l’avait exprimée en aout 1849 dans un discours à l'occasion d’un Congrès international de la paix qui se tenait à Paris. Extrait :

« Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi !

Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu'elle serait impossible et qu'elle paraîtrait absurde aujourd'hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie.

Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France.

Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées.

Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France.

Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait pu être. […] Elle s'appellera l'Europe, au XXe siècle, et, aux siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité. »

Ce discours pacifiste, doublé d’une apologie du libre-échange, des vertus de la démocratie représentative est certainement porté par l’effervescence qui vient de traverser l’Europe, le « Printemps des peuples », qui tente de bouleverser les vieilles structures et divisions féodales et d’instaurer un terrain favorable au développement de la bourgeoisie. C’est le début de processus qui conduiront à l’unification de divers pays européens jusqu’alors divisés en de multiples royaumes (Italie, Allemagne…). C’est aussi en France la fin de la royauté mise en place par la Restauration, la chute de Louis-Philippe en février 1848, la mise en place d’une 2ème république qui, en juin, massacrait le prolétariat parisien venu lui demander des comptes. République dont Victor Hugo était alors député !

Cette première intervention du prolétariat en tant que classe, en juin 1948, coïncidait avec la parution du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels qui abordait les questions politiques sur un terrain totalement différent de celui, moral, de Victor Hugo, le terrain de la lutte des classes. Et qui expliquait, entre-autres, comment les « marchés ouverts au commerce » sont les pires porteurs de concurrence, dont de guerres…

De fait, au lieu de marche à l’union et à l’harmonie, les décennies qui ont suivi le discours de Victor Hugo ont été des années de conquêtes coloniales sanglantes, de guerres entre ces mêmes puissances qu’il exhortait à s’engager dans un avenir de paix. Les capitalismes européens -britannique, à l’époque incontestable première puissance mondiale industrielle, économique et militaire, français puis allemand-, se transformaient en impérialismes pour faire face aux crises qui les frappaient du fait de leurs propres contradictions. A l’extérieur de l’Europe, les Etats-Unis étendaient leur mainmise sur tout le continent américain. Et le Japon féodal devenait en une dizaine d’années une puissance moderne qui se hâtait de porter ses guerres de conquête sur le continent asiatique, en Corée, en Chine, en Sibérie…

Pendant ce temps, le mouvement ouvrier, armé des théories révolutionnaires et internationalistes du marxisme, se développait, accentuant sa pression sur les bourgeoisies, s’organisant dans les partis sociaux-démocrates et la 2ème internationale pour faire face à leur guerre de classe, se préparer la révolution sociale.

En aout 1914, la concurrence entre les impérialismes aboutissait à la première guerre mondiale. Du fait des forces réformistes et chauvines qui la traversaient, la 2ème internationale s’avérait incapable de s’y opposer. Pourtant, comme le défendaient une poignée de militants internationalistes, avec Lénine, Rosa Luxembourg, Trotsky, Monatte et Rosmer en France, la guerre allait au contraire mettre au premier plan, de façon cruciale, la nécessité et la possibilité d’une révolution et la première urgence était de s’y préparer.

De fait, dès 1917, une puissante vague révolutionnaire naissait de l’opposition à la guerre. Les révolutions russes de février, puis d’Octobre instauraient le premier Etat ouvrier de l’histoire. La révolution éclatait en Allemagne en octobre 1918, contraignant l’état-major allemand à demander l’armistice. Elle chassait le kaiser et instaurait une République à la tête de laquelle se trouvaient les dirigeants chauvins de la social-démocratie, qui noyèrent la révolution dans le sang.

La fin de la 1ère guerre mondiale, l’existence de l’URSS révolutionnaire qui viendra a bout de la guerre civile et des interventions impérialistes, le repartage du monde au bénéfice des pays vainqueurs vont apporter de profonds bouleversements, mais sans résoudre la moindre des contradictions qui avaient conduit à la guerre et à la révolution, bien au contraire.

En 1923, dans un texte intitulé L’Europe et l’Amérique, Trotsky analysait la situation politique internationale, en particulier le rapport entre les divers impérialismes, du point de vue, disait-il, de la « révolution prolétarienne » et de l’actualité, ou pas, de ses perspectives. Il y développait, en résumé, les thèses suivantes :

  1. Epuisés par la 1ère guerre mondiale, menacés par la révolution, les impérialismes européens, Grande Bretagne, France et Allemagne se trouvent confrontés aux Etats-Unis qui sont devenus, du fait même de la guerre qu’ils ont fourni en armes et fournitures de toute espèce, la première puissance économique et militaire mondiale. S’ils ne veulent pas « être réduits à la portion congrue», les impérialismes européens n’ont pas d’autre choix que de s’unir, de « constituer des Etats unis d’Europe ».
  2. Mais du fait de la concurrence qui continue à les opposer très fortement les uns aux autres, ils sont bien incapables de mener à bien cette tâche. Trotsky résume la contradiction en écrivant qu’ils sont « comme des chiens attachés à la même chaîne»… Du fait de cette incapacité, la crise économique et politique qui avait débouché sur la guerre ne pourrait que s’accentuer, continuant à mettre à l’ordre du jour la nécessité et la possibilité d’une révolution sociale, poursuite de la tâche entamée par le prolétariat en 1917 et dont la Révolution russe avait été le premier aboutissement.
  3. C’est pourquoi pour Trotsky, seul le prolétariat européen serait en mesure, à travers sa révolution, de mener à bien la tâche que la bourgeoisie européenne était incapable de remplir, et avançait le mot d’ordre d’ « Etats unis socialistes d’Europe».

Ce mot d’ordre peut sembler être aujourd’hui un slogan purement propagandiste. Mais lorsque Trostky écrit Europe et Amérique, en 1923, la vague révolutionnaire a certes perdu de nombreuses batailles, mais elle n’a pas dit son dernier mot, d’autant que la jeune URSS révolutionnaire qui vient de gagner la guerre civile et s’est lancée avec succès dans la reconstruction économique, grâce à la NEP, est un exemple pour l’ensemble du prolétariat européen, la puissance affirmation qu’on peut changer le monde. De ce fait, le mot d’ordre d’Etats unis socialistes d’Europe avait à l’époque une réelle portée politique vivante, révolutionnaire, et il faudra les politiques de la social-démocratie, du stalinisme et du fascisme pour en venir à bout au cours des années 1930. Le dernier épisode de cette vague révolutionnaire d’entre les deux guerres est celui de la révolution espagnole, liquidée par les républicains, staliniens et socialistes y compris catalans, avant qu’ils ne doivent eux-mêmes rendre les armes devant Franco, quelques mois à peine avant que les affrontements entre les impérialismes européens ne débouchent sur la deuxième guerre mondiale.

C’est seulement après cette dernière que la France et l’Allemagne, rejointes quelques années plus tard par l’Angleterre et contraintes par des Etats-Unis devenus les maîtres incontestables du monde, initieront le processus de construction dont l’Union européenne et la Zone euro, ainsi que leurs institutions, BCE, Parlement européen et Commission européenne, sont le produit.

Mais on le voit bien aujourd’hui, cette construction, qui dure maintenant depuis pratiquement 70 ans et a connu d’incontestables progrès, n’a pas mis fin aux contradictions que pointait Trotsky et qui ont été accentuées par les bouleversements qu’a connus le monde au cours de cette période, en particulier avec la mondialisation et la crise de 2007-2008 à laquelle elle a abouti.

A la concurrence interne entre les bourgeoisies nationales au sein de l’Union européenne que décrivait Trotsky, et qui ont évolué sans pour autant disparaitre au cours du temps, se sont ajoutés d’autres facteurs de division.

Les inégalités entre les divers pays qui la constituent aujourd’hui ne se sont en rien estompées, démentant les discours et la dite « politique de cohésion économique, sociale et territoriale » de l’UE, qui aurait pour objectif « l'harmonisation et la cohésion dans le développement des régions européennes ». En guise d’harmonie, on assiste au contraire à une accentuation des difficultés qu’ont les Etats à se mettre d’accord pour avancer dans le processus de construction, sur une multitude de sujets.

Par ailleurs, les politiques d’austérité menées par les gouvernements nationaux, main dans la main avec la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne pour faire payer la facture de la crise aux populations se traduit par un rejet populaire profond. Ce rejet est mis à profit et entretenu par la propagande des partis souverainistes dans le seul but de dévoyer la révolte sociale en entretenant l’illusion d’un retour aux vieilles frontières du passé. Le vote majoritaire pour le Brexit, la montée de l’extrême droite en Autriche, en Allemagne, comme le succès des partis anti-européens, Ligue du Nord et 5 étoiles aux dernières élections en Italie, la victoire du nationaliste ViKtor Orban en Hongrie, etc., sont des illustrations du succès que rencontrent ces politiques.

Ces politiques font certes obstacle, du moins en théorie, au projet de construction européenne que portent les sommets de la bourgeoisie européenne, mais ils n’en offrent pour autant aucune perspective politique pour les travailleurs et les peuples d’Europe. Bien au contraire, elles les livrent pieds et poings liés à cette même bourgeoisie qui continuera, quel que soit le pouvoir en place, à imposer sa dictature. Au bout du compte, ces retours en arrière ne peuvent qu’aggraver les conditions de vie des travailleurs et des peuples.

Presqu’un siècle s’est écoulé depuis que Trotsky écrivait Europe et Amérique, et bien des choses ont changé, aussi bien dans la situation objective (rapports géopolitiques mondiaux, division mondiale du travail, prolétarisation massive de la population mondiale, etc…) que sur le terrain des idées.

Sur ce terrain, le recul semble immense, entre la 3ème internationale révolutionnaire des années 20, portant le drapeau de la révolution russe, et un mouvement ouvrier aujourd’hui à reconstruire de pied en cap sur des bases d’indépendance de classe et internationalistes, ce qui peut sembler une mission impossible. Mais c’est pourtant à cela qu’il faut se préparer. L’Europe capitaliste en crise est un terrain de la lutte des classes internationale, qui n’attend pas les initiatives des militants révolutionnaires pour se manifester, dans les solidarités qui accompagnent les luttes sociales de part et d’autre des frontières, celles qui s’adressent aux réfugiés, etc.

Dans ce contexte, un des tâches urgentes qui se posent aux militants révolutionnaires est de porter un programme et un projet d’organisation internationale, dans la perspective de la construction d’une Europe socialiste, démocratique, des travailleurs et des peuples.

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